Édito
A ceux qui pensaient que la crise, née des prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis (subprimes) et de la faillite de la Banque Lehman Brothers, n’était que conjoncturelle, la difficulté pour les Etats d’assurer dorénavant leur propre financement par la dette est là pour rappeler que nous sommes dans un changement structurel et profond.
Oui, bien sûr, il y a les excès de la spéculation avec ses traders, ses achats à découvert, qu’il convient de réglementer dans la cadre d’accords à construire entre Etats au niveau des organisations internationales. Le président de la République et le gouvernement se sont engagés dans cette action, mais il n’en reste pas moins que la crise a aussi mis en évidence la fragilité de l’endettement excessif des Etats.
De fait, la crise agit comme un révélateur. Ceux qui raillaient la déclaration du Premier ministre François Fillon lorsqu’il évoquait il ya plus de deux ans la possible faillite d’un Etat, constatent aujourd’hui que ce scénario ne relève plus de ce qu’ils considéraient être une fiction.
Ce problème concerne toute l’Europe, qui a su construire sur la richesse générée par la croissance, depuis 50 ans, un modèle social unique.
Ce modèle social, la faiblesse de la croissance de notre continent, le vieillissement de la population, ne permettent plus de le financer, ou de le financer à crédit, ce qui a souvent été le cas au cours des deux dernières décennies, et notamment en France.
Nous ne pouvons transmettre à nos enfants la dette générée par notre propre incapacité à réformer les structures de l’Etat, à contraindre la dépense de fonctionnement, pour sauvegarder l’investissement qui permettra de renouer avec la croissance, investissements dans les infrastructures et la recherche, investissements d’avenir.
Nous ne pouvons transmettre à nos enfants l’héritage d’une Europe et d’une France dont la compétitivité par rapport aux autres continents , désireux de prendre leur place dans le monde, serait affectée par le refus de considérer que l’on ne peut avoir de plus en plus de retraités, vivant, et c’est heureux, de plus en plus longtemps, et en face, de moins en moins d’actifs.
C’est le sens de l’indispensable réforme des retraites qui permettra de sauvegarder le système par répartition et le niveau des pensions.
Restructurer l’Etat, réformer en profondeur, la tâche est ingrate, mais elle relève de l’exigence de responsabilité de ceux qui sont à la tête du pays et du parlement. Refuser la facilité est toujours un exercice difficile.
Je suis convaincu que nos concitoyens pourtant sont capables de le comprendre et même de le soutenir dès lors que les réformes sont justes et équitables entre les concitoyens et entre les territoires.
Je m’efforce d’en assurer ma part dans le cadre des fonctions qui m’ont été confiées en travaillant à un Etat mieux géré, plus économe de l’argent public.
Ce n’est pas seulement pour voter des lois nouvelles créant trop souvent plus de complexité que le Parlement est élu, c’est aussi pour réformer et contrôler.
Avec mes dévoués sentiments
Votre député
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Michel Bouvard
